Traverser la Semois
- Miguel Teirlinck
- 20 août 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 2 nov. 2025

Le pont monumental de Dohan
Le pont monumental de Dohan est la première construction fluviale que l’on remarque lorsqu’on entre sur le territoire de Bouillon en descendant la Semois. Les habitants du bassin de la Semois ont toujours eu besoin de systèmes pour traverser la rivière, afin de rejoindre d’autres villages, de transporter des marchandises ou d’accéder aux terres agricoles et aux forêts.Autrefois, il existait des gués, des passerelles pour piétons, des ponts en bois, et plus tard apparurent les premiers ponts en pierre.

Les gués
Les gués sont aujourd’hui ces zones que les kayakistes maudissent souvent, là où l’on reste coincé entre les pierres en période de sécheresse.Ces passages avaient autrefois une importance économique, mais jouaient aussi un rôle stratégique dans de nombreuses guerres.C’est pourquoi un gué était souvent bien gardé.Les vestiges de redoutes (fortifications) offrant une vue sur ces zones de passage en témoignent. Un exemple clair est la ruine de la redoute construite sous Louis XIV, située sur une colline escarpée à Frahan, à l’embouchure du ruisseau de Bonru dans la Semois.
Le Gué de Loquet, en aval de Botassart, a également joué un rôle important.Une plaque commémorative y donne un aperçu des différents passages qui ont eu lieu à cet endroit.Quant à l’« invasion » de 2013, une année ajoutée à la liste par un farceur, personne ne s’en souvient vraiment.Peut-être que les mouvements de jeunesse qui y campent l’été n’y sont pas étrangers ?
Bien avant la construction du pont de Dohan, on traversait la Semois au gué de la Voie d’Yvois, un peu plus en aval. La Voie d’Yvois était une route importante et ce gué offrait une alternative à ceux qui voulaient éviter de passer par Bouillon. Pendant un certain temps, des soldats gardaient cet endroit stratégique et percevaient un droit de passage. Il n’est donc pas surprenant qu’un château se trouvait non loin de là, probablement construit sur les fondations d’un ancien site fortifié. De cet emplacement, on avait une excellente vue sur cette voie de passage essentielle.
Les premiers ponts
Peu à peu, la Semois fut équipée de liaisons solides entre les rives.Le Pont de Liège, en bois, fut construit en 1069 comme premier pont de Bouillon. En 1618, Vauban réalisa une version plus durable.Le Pont de France en pierre fut érigé en 1851. Plus tard, ce furent au tour de Poupehan, Dohan et du Pont de Cordemois à Bouillon.
En raison de leur importance stratégique, tous ces ponts furent détruits pendant les guerres. Ainsi, le 11 mai 1940, les troupes françaises elles-mêmes firent sauter les trois ponts de la ville pour empêcher les Allemands de passer vers la France.
Le pont de Dohan, autrefois d’allure princière, fut au fil des années reconstruit, restauré ou remplacé par un pont provisoire à plusieurs reprises. Le comte et la comtesse de Flandre, parents du futur roi Albert Ier, possédaient au XIXe siècle le Château des Amerois à Dohan.Leurs enfants y jouaient et s’y promenaient dans les bois environnants.
La légende raconte que, lors d’un pique-nique organisé par la comtesse sur les rives de la Semois, le jeune Albert fit un dessin d’un pont traversant la rivière. On ignore si ce dessin servit réellement de modèle, mais une ancienne carte postale portant la mention « dessiné par le Prince Albert » semble le suggérer.
La comtesse soutint la construction du pont et y contribua probablement financièrement, puisque celui-ci améliorait l’accès au domaine des Amerois. En 1890, ce magnifique ouvrage d’art fluvial fut achevé.
Le Pont de Cordemois
Avant la construction du Pont de Cordemois, on ne pouvait atteindre l’autre rive de la Semois qu’à l’aide d’une barque — un petit bateau de passage manœuvré par le passeur.Ce dernier habitait dans le bâtiment voisin appelé La Poulie, autrefois porte de la ville fortifiée. Plus tard, l’édifice servit de logement du concierge de l’abattoir, puis de club de tennis, et depuis 1998, il abrite le Centre Culture et Loisirs local. À côté de La Poulie, une barque joliment restaurée rappelle aux promeneurs le temps passé.Sur cette embarcation figurent deux illustrations peintes inspirées de dessins à la plume de Pierre Clouet (1920–1991), un artiste local également connu sous le nom de Pierrot. Parce que Bouillon est fier de ce créateur polyvalent, la salle d’exposition Pierre Clouet, située à l’étage du club de tennis (dans le Bastion, à 100 mètres de là), lui est dédiée. Il est touchant de voir comment, autour du Boulevard Vauban, sport et culture se donnent la main.
Depuis Bouillon, le hameau de Cordemois, situé sur l’autre rive de la Semois, n’était donc longtemps accessible qu’en barque.Jusqu’en 1930, lorsque, à la demande de l’abbaye d’Orval, un pont — le Pont de Cordemois — fut construit pour relier la nouvelle abbaye à la ville. Ce pont fut dessiné par Henri Vaes, qui choisit un style régional et utilisa les pierres de schiste ardennaises typiques pour les murs latéraux. L’environnement sublime de ce pont romantique a inspiré de nombreux artistes au fil des ans.Les habitants de Bouillon eux-mêmes sont amoureux de leur Pont de Cordemois.
La passerelle du Moulin de l’Épine
Autrefois, quand il n’y avait pas encore de ponts, il fallait avoir du courage pour traverser la rivière.Aujourd’hui, c’est plutôt la peur du vide qui pourrait freiner certains aventuriers. Le passage de la rivière (par le gué ou en barque) au niveau du Moulin de l’Épine a laissé place en 2020 à une nouvelle attraction touristique : la passerelle “Au moulin de l’Épine”.
La province de Luxembourg fit concevoir cette impressionnante passerelle de 55 mètres en 2015, puis la fit construire par une entreprise régionale (Bastogne). Les matériaux utilisés permettent une intégration harmonieuse dans le magnifique décor naturel.Sur Instagram, cette passerelle suit peu à peu les traces de sa grande sœur allemande, le pont suspendu Geierlay.
Une chose est sûre : grâce à cette passerelle, le site a retrouvé une nouvelle attraction touristique contemporaine.



